L’opéra-comique entre deux genres

[International conference at the Maison des Sciences de l’Homme in Paris, June 14, 2012]

Maison des Sciences de l’Homme, Paris
June 14, 2012
Journée internationale d’étude: “L’opéra-comique entre deux genres“
Contact: mbirbili@zedat.fu-berlin.de

Lorsque l’opéra-comique apparaît pour la première fois au début du XVIIIème siècle, il puise sa veine comique dans la parodie et son dispositif musical fait appel aux chansons populaires et aux airs d’opéra sur lesquels on adapte des paroles nouvelles (vaudevilles). Mais à partir de la fin des années 1750 et après le succès emblématique du “Déserteur“ de Sedaine et Monsigny en 1769, un opéra-comique politisant, la parodie cesse de constituer un trait définitoire, et la forme et l’esthétique du genre évoluent vers d’autres types de sujet, inspirés par les nouvelles tendances du théâtre comme le drame bourgeois, et vers une concentration dans une action dramatique complexe et nuancée, qui opére par la fusion hybride d’éléments divergents, provenant de genres différents, qui s’uni-fient pour produire le genre de l’opéra-comique. Simultanément, l’opéra-comi-que évacue les vaudevilles et recherche la fusion entre sujet sensible et une musique originale, en produisant un genre caractérisé par la versatilité de la forme, par l’emploi astucieux de motifs de réminiscence et par une dramaturgie musicale complexe et nuancée, qui associe musique, livret et représentation, et qui opére par la fusion hybride d’éléments divergents, provenant de genres différents, mais qui forment ce genre unique qu’est l’opéra-comique. À travers cette fusion d’éléments divergents provenant de pratiques théâtrales différentes se lit l’originalité et la force d’un genre qui a joué un rôle pilote dans le développement d’un art dramatique durablement installé dans les institutions théâtrales françaises et influent sur d’autres genres lyriques ou dramatiques.
Grâce à l’intérêt que lui ont porté de divers musicologues français, anglais et allemands depuis les années 1980, et grâce à leurs travaux assidus, les premiers pas et le développement de l’opéra-comique comme nouveau genre pendant tout le XVIIIème siècle sont assez bien connus et éclairci comme phénomène. Le dernier livre, en préparation, de David Charlton, qui participera à notre Journée d’étude, se concentre justement sur l’opéra-comique du XVIIIème siècle. De même, sont assez bien connus les opéras-comiques de Daniel François Esprit Auber, qui pérpetua le genre au début du XIXème siècle. Ce qui manque par contre est une étude sur le genre de l’opéra-comique pendant ses dernières années d’apparition jusqu’à son crépuscule (entre la fin de la première moitié jusqu’ à la fin du XIXème siècle). L’étude de l’opéra-comique tardif comme manifestation instable et hybride tiraillé entre plusieurs genres et influencé surtout par le grand opéra permettra non seulement une compréhension plus approfondie des divers genres musicaux agissant en corrélation immédiate pendant la deuxième moitié du XIXème siècle, mais elle nous permettra aussi de comprendre les raisons pour lesquelles l’opéra-comique et le grand opéra finirent par connaître un déclin tous les deux, après une courte période d’intérference et collision.
La journée d’étude réunira des réprésentants de deux générations de musico-logues français, allemands, anglais et américains ayant tous conduit une enquête de terrain approfondie et rigoureuse sur l’opéra-comique et sur plusieurs œuvres hybrides associées à ce genre. La discussion se concentrera surtout sur des œuvres qui dominèrent le répértoire, même si certaines tombèrent dans l’oubli vers la fin du XIXème ou au début du XXème siècle (et qui sont en train d’être re-introduits dans le répértoire à présent).
La journée d’étude commencera ses travaux avec une présentation de Patrick TAIEB (Université de Montpellier III) qui parlera des contraintes de production pour l’opéra-comique dans les théâtres de province au XVIIIème et au XIXe siècle par rapport à Paris. TAIEB s’intéressera particulièrement aux problèmes que la proximité des genres au sein d’une institution locale posèrent aux théâtres des provinces en termes de profil des emplois dramatiques. À partir de 1830, il existe un conflit grandissant entre les emplois tels qu’ils étaient définis par le répertoire du XVIIIème siècle et les besoins changeants pour la représentation de nouveaux répertoires (grand opéra, tra-ductions). Envisager cette problématique pour les années 1840-1860 permet de rapprocher les genres de l’opéra-comique et du grand opéra dans leurs dimen-sions pratiques et pragmatiques de production (par exemple, dans les dimensions de l’orchestre et des décors, et dans le choix des chanteurs).
Ensuite ce sera le tour de Philip GOSSETT (University of Chicago, Università di Roma “La Sapienza’’) de présenter le cas du “Comte Ory“ de Rossini, un opéra-comique de provenance italienne et résidant entre deux genres, sur lequel nous commençons seulement à avoir une notion précise et adéquate de sa génèse et de son contenu (grâce à des travaux et recherches récents faits à Paris). Philip GOSSETT se réfèrera entre autres à la partition manuscrite utilisée pour la première représentation du “Comte Ory“ à l’Opéra de Paris (en 1828) qui contient une version bien plus complexe musicalement, comportant plusieurs solistes et des parties d’orchestre plus sophistiquées, surtout pour le Finale du premier Acte. Cette version de l’œuvre fut rigoureusement simplifiée dans la partition imprimée ensuite par l’éditeur Troupenas. Nous sommes d’avis que ces simplifications eurent lieu pour faciliter les représentations du “Comte Ory“ en province, ce qui sera exposé aussi pendant la communication de Patrick TAIEB.
Suivra l’examen de “L’étoile du Nord“ de Meyerbeer par Maria BIRBILI (Maison des Sciences de l’Homme/University of Chicago), œuvre complexe et importante qui relie l’opéra-comique au grand opéra. Suivra une discussion de l’opéra-comique tardif (“Mignon“ d’Ambroise Thomas et “Manon“ de Jules Massenet) par Hugh MACDONALD (Washington University of Saint Louis) et Sieghart DÖHRING (Universität Bayreuth/Schloß Thurnau) ce concentrant dans l’étude du dialogue parlé comme effet dramaturgique, suivie par une exégèse de “Carmen“, opéra-comique bien établi au répértoire, mais dont la popularité donna lieu à d’importantes modifications en rapport avec sa définition générique et apporta des graves misconceptions. Leslie WRIGHT (University of Hawaii at Manoa), qui travaille pendant des dizaines d’années sur les sources de “Carmen“, réctifiera ces malentendus. Et finalement, les dernières apparitions de l’opéra-comique à la fin de siècle seront examinées par Jürgen MAEHDER (Freie Universität Berlin) dans l’exemple de “Louise“ de Charpentier, cette dernière plus proche du vérisme que du grand opéra.
Pour conclure cette journée d’étude, une table ronde examinera l’influence et la corrélation active du grand opéra dans le genre de l’opéra-comique pendant la deuxième moitié du XIXème siècle, en cherchant à cerner les raisons pour lequelles le genre de l’opéra-comique et celui du grand opéra finirent par disparaître tous les deux (ce qui constitue une question qui ne s’est pas encore posée dans l’étude de l’opéra en musicologie.)